Images de la résurrection : entre descente et montée


Nous vous présentons un lumineux survol des représentations de la résurrection dans l’histoire de l’art. Cet article, rédigé par Daniel Cadrin, est une reprise de celui qu a été publié dans le bulletin Rencontre, mars-avril-mai 2020, p.4-7.


Dans les Évangiles, la résurrection de Jésus n’est pas décrite. Il est question de Jésus ressuscité mais non de Jésus ressuscitant. Ce qui est montré, c’est un tombeau vide avec des signes; puis, des apparitions de Jésus le vivant.


Dans la tradition iconographique des Églises d’Orient, seules deux images sont liées à la résurrection comme telle : celle de la visite des femmes au tombeau et celle de la descente de Jésus aux enfers. Cette icône s’appelle d’ailleurs anastasis, ce qui signifie résurrection.
Dans la tradition picturale occidentale, la diversité est plus grande. On trouve la visite des femmes, mais souvent avec la présence de Jésus. La perspective de l’anastasis est changée, passant de la verticale à l’horizontale. Et on trouve d’autres images : Jésus sortant du tombeau, avec des soldats ébahis ou endormis; Jésus élevé au-dessus du tombeau; Jésus glorieux et rayonnant.

Dans les deux traditions, les apparitions de Jésus ressuscité sont importantes, particulièrement aux apôtres, à Marie de Magdala et aux disciples d’Emmaüs. Ces images ont connu un développement marqué dans l’art classique et contemporain, devenu maintenant multi-culturel. Mais c’est un vaste domaine qui déborde notre sujet. Dans notre choix d’images, nous nous en tiendrons à l’événement de la résurrection

La visite au tombeau

Les femmes myrophores, icone inspirée de celle de Roublev (Russie, 15e siècle)

Les femmes myrophores

Cette tradition d’images de femmes porteuses de myrrhes remonte au 3è siècle. C’est la plus ancienne touchant la résurrection. On y trouve les éléments des Évangiles (Marc 16, 1-8 et parallèles) : l’ange vêtu de blanc annonçant la résurrection, le tombeau ouvert et les bandelettes, deux ou trois femmes apportant les aromates et perplexes.

Fresque, Fra Giovanni da Fiesole (dit Angelico), c. 1440, Musée San Marco, cellule 8, Florence.

Sur une version ultérieure, deux figures s’ajoutent : un Christ victorieux, mais présent autrement comme le suggèrent la nuée et la mandorle; et saint Dominique, à gauche, contemplant ce mystère et invitant les regardants à y entrer.

La descente aux enfers

Anastasis, fresque, 13e siècle, Église St-Sauveur, Istanbul.

Le Christ vient chercher Adam et Ève et les justes de la première Alliance (Abel, David, …) pour les sortir de la mort et les entrainer avec lui dans la vie nouvelle, brisant les chaines de la captivité. Cette image évoquant le samedi Saint vient du Credo (Il est descendu aux enfers) et fut très commentée par les Pères de l’Église, soulignant son sens symbolique et spirituel.

Fresque, Fra Giovanni da Fiesole (dit Angelico), c. 1440, Musée San Marco, cellule 31, Florence.

Au Moyen Âge, l’anastasis est présente en Occident, mais dans une perspective horizontale. Le Christ brise les portes du cachot ou donjon; parfois il arrache de la gueule d’un dragon. Mais par la suite, la descente est presque disparue de l’iconographie et de la réflexion spirituelle.

La gloire du Ressuscité

Retable d’Issenheim, Matthias Grünewald, 1516, Musée Unterlinden, Colmar.

Ce célèbre retable comprend plusieurs scènes, dont une crucifixion très douloureuse, avec un Christ torturé, mais aussi une résurrection très glorieuse, avec un Christ élevé, éclatant de lumière et de couleurs.

La Résurrection, sculpture de bronze, Pericle Fazzini, 1977, Salle Paul VI, Cité du Vatican.

Cette œuvre impressionnante, un Christ en mouvement, émergeant du Jardin des Oliviers, est située dans la salle des audiences au Vatican. Elle exprime bien la sensibilité esthétique de Paul VI, le pape le plus attentif à l’art moderne.

Des ténèbres à la lumière, tapisserie, Else-Marie Jakobsen, 1978, Norvège.

Les bras étendus de la croix et de la résurrection, la couronne d’épines et la couronne de fleurs, se conjuguent en cette œuvre de huit mètres, exprimant le passage des ténèbres à la lumière avec finesse et beauté.

Autres approches

Il est possible aussi d’évoquer la résurrection sans référer à des figures. En voici deux exemples :

Un jardin au matin, de Sutton Kyle, 21e siècle, États-Unis.

une peinture non-figurative (dite abstraite) du fr. Jérôme, c.s.c., 1986, Montréal.

Daniel Cadrin, de l’Ordre des Prêcheurs, est professeur et théologien.

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